Pas même le bruit d’un fleuve – Hélène Dorion

Connaît-on vraiment son histoire, non pas la somme de nos expériences passées mais plutôt celle qui coule dans nos veines, transmise par les générations précédentes et qui, encore aujourd’hui, façonne notre personnalité et nos valeurs?

Dans son dernier livre, Hélène Dorion nous amène à se questionner sur notre mémoire filiale, cette empreinte invisible qui nous habite sans que l’on en saisisse vraiment les origines et avec laquelle on doit, à un certain moment, faire la paix pour continuer notre chemin.

D’aussi loin qu’elle se souvienne, sa mère, Simone, a toujours vécu en retrait de sa propre vie, comme si elle habitait un lieu qui lui était impossible d’accès. Ainsi, suite à son décès, alors qu’elle s’affaire à vider son appartement et qu’elle découvre les cahiers d’écriture de celle-ci ainsi que divers articles de journaux, Hanna sent qu’elle détient peut-être en partie la clé du secret de cette femme qu’elle a, en somme, si peu connue. Car, ainsi qu’Hanna l’écrit elle-même, « Aujourd’hui, je tourne autour d’elle [Simone] comme autour de ma naissance, je tends l’oreille pour savoir de quel secret je suis née, et quelle est cette part manquante qui a répandu de l’ombre dans toutes les pièces de la maison ».

Accompagnée de sa grande amie Juliette, Hanna décide donc de remonter le fleuve jusqu’à Kamouraska, là où sa mère a passé une partie de sa jeunesse, et d’aller à la rencontre de son histoire, de son passé. Mais cette quête lui en dévoilera bien davantage que ce qu’elle pouvait s’imaginer, car notre corps porte non seulement le poids de nos expériences passées, il porte aussi celui de celles et ceux qui nous ont donné la vie.

Plusieurs fois primée autant pour ses romans que pour sa poésie, lauréate du prestigieux prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre en 2019, Hélène Dorion a une façon d’écrire qui nous émeut et nous transporte dès les premières pages. Elle ponctue d’ailleurs le roman de courts poèmes qui ajoutent beauté et profondeur à un texte déjà très touchant. Comme elle le dit dès le départ, « Les poèmes peuvent-ils nous sauver du naufrage? Peuvent-ils souffler sur le brouillard qui a effacé l’horizon et dévoiler ces montagnes qu’on n’avait pas encore vues, dont on ne soupçonnait même pas l’existence? »

En somme, une très belle lecture, avec en toile de fond ce fleuve majestueux, autant source que faucheur de vies, qui nous amène inévitablement à se questionner sur nos parts d’ombres et de lumières, celles dont on a hérité mais aussi celles que nous allons nous-mêmes transmettre.

Je vous invite d’ailleurs à regarder cette courte vidéo narrée par l’autrice et qui est une sorte d’aperçu visuel du roman. Très beau.

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